L’écologie dans la science-fiction : faire résonner le réel par la fiction
2025-05-06
Avant de nous lancer commençons par poser quelques bases simples, et quoi de mieux pour ça qu'une définition ? Selon le dictionnaire Le Robert, la science-fiction est un « genre littéraire et artistique qui décrit un état futur du monde en extrapolant les données de la science ou de la technologie ». La science-fiction s’appuie donc à la fois sur l’anticipation et sur l’exagération de certains traits contemporains pour imaginer un monde qui en découlerait.
Aborder les thématiques écologiques dans la sciences fiction
Parmi les thématiques abordées on peut citer le voyage dans l’espace, les robots et leurs émotions ou l’intelligence artificielle, le voyage dans le temps, la vie extraterrestre… Les questions écologiques sont aussi abordées, frontalement ou de manière plus subtile comme élément secondaire de l’intrigue ou du décors. Ces considérations environnementales prennent de nombreuses formes. En effet de nombreux ouvrages ont, entre autres, pour thème :
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la dégradation du vivant et les dérèglements climatiques : Wall-e , Soleil vert, Les pluies
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l’importance des ressources vitales : dans Dune de Frank Herbert les humains qui vivent sur la planète de sable Arrakis n’ont d’autres choix que de recycler le plus d’eau possible émanant de leur propre corps
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Les limites des ressources naturelles exploitables : la série de films Mad Max et la disparition du pétrole
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L’impact des humains sur leur environnement : dans Blade Runner, les champs jadis fertiles ont été remplacés par des plaines de panneaux solaires ou des tours d’habitation qui ne voient plus le soleil. Ou encore l’hiver généralisé qui impact la planète entière dans le film Snowpiercer résulte d’une tentative de géo-ingénierie climatique pour lutter contre le réchauffement climatique.
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La pollution : les humains dans Tous à Zanzibar vivent avec des distributeurs d’oxygène pour respirer. Dans Waterworld l’engloutissement de la Terre est dû à la pollution.
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L’injustice sociale cachée derrière les inégalités environnementales et climatiques : dans Elysium, de Neil Bloomkamp, les pauvres et les marginaux sont laissés à leur sort sur une planète détruite, tandis que les riches se sont réfugiés sur une station orbitale
Le genre de la science-fiction en général porte des messages et des enjeux qui peuvent être spécifiques dans le cas des fictions qui abordent les questions environnementales ou écologiques.
La science-fiction comme lanceur d'alerte
L’intérêt de la science-fiction pour Alain Damasio, écrivain, est de faire ressortir des enjeux contemporains mais de manière subtile, par la mise en exergue dans le récit de certains éléments ou de certaines mécaniques sociales, environnementales ou politiques exploitées à leur maximum. Cela peut-être assimilé à un rôle de lanceur d’alerte dont le but est d’éviter un catastrophisme qui peut paralyser ou brouiller le message de fond par l’urgence de la forme. Alain Damasio parle dans une table-ronde sur la science-fiction et la création de nouveaux mondes, à la Bibliothèque Nationale de France, d’un “décalage narratif nécessaire” pour faire saillir les tendances du monde contemporain. C’est ainsi qu’il opère dans Les Furtifs ou La Horde du Contrevent.
Explorer de nouveaux imaginaires et futurs possibles
Les œuvres de science-fiction ne permettent pas seulement de pousser les dimensions dystopiques, cruelles ou ultra-technologiques. Elles sont aussi l’occasion d’explorer les dimensions utopiques ou d’expérimentations. Cela permet de donner des exemples argumentés, imagés, intégrés dans un récit entraînant d’horizons enviables même en connaissant tous les défis à surmonter (Alliances de Jean-Marc Ligny par exemple). Au final, la science-fiction pousse les axes dystopiques pour faire office de lanceuse d’alerte, pour faire saillir le réel, et pousse les dimensions utopiques des sociétés qui en découlent pour porter un espoir, une envie de mettre en place ce qui est décrit. Une bonne articulation de ces deux dimensions donne une clé narrative intéressante car les personnages affrontent un monde cauchemardesque mais, se faisant, ils et elles définissent une posture voire une résistance spécifique et autonome. Cette posture leur est propre, elle est une création originale qui émane de leur individualité.
La question des responsabilités individuelles et collectives
Enfin se pose la question des responsabilités, individuelles comme collectives, qui ont permis ou engendrent les changements dépeints dans les différentes histoires. Alain Damasio toujours dans la même conférence met en lumière le besoin d’apporter de la subtilité et de la nuance dans la manière de décrire les personnages, leurs actions, les conséquences de ces dernières et plus généralement le positionnement bon ou mauvais des protagonistes. Il est intéressant de se détacher d’une vision trop simpliste qui oppose les méchants puissants et les gentils faibles car, dans la réalité, cette disparité est beaucoup plus nuancée. Les personnages et la construction narrative, en montrant des jeux de positionnement et des questionnements internes, permettent d’apporter cette nuance. Il faut réussir, par le récit, à faire comprendre qu’il n’y a pas de solution toute faite ou qui vaut pour toutes les situations.
Sources
https://lasfditlepresent.fr/SF_et_Ecologie/
https://dictionnaire.lerobert.com/google-dictionnaire-fr?param=science-fiction
https://www.bnf.fr/fr/agenda/la-fin-du-monde-est-elle-proche-autour-des-sciences-fictions
https://www.bnf.fr/fr/lecologie-dans-le-roman-daujourdhui
Rumpala, Yannick. (2016). Science-fiction, spéculations écologiques et éthique du futur. Revue française d'éthique appliquée. N° 2. 74-89.
Ivana Hruszowiec
2025-05-06
Écologie