Une histoire de la biodiversité
2016-12-29
En lien avec l'édition de notre dernier guide La biodiversité sur mon campus, nous publierions tout au long du mois des articles sur le sujet, ainsi que des interviews d'expert.e.s ayant participé à son écriture. Pour ce premier écrit, nous vous proposons une approche théorique du concept de biodiversité et du rapport que l'Homme entretient avec la nature, rédigée avec l'aide de Damien Deville, agroécologue et anthropologue, et Guillaume Bagnolini, responsable du Centre d'Ethique Contemporaine de l'Université Paul Valéry de Montpellier
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Crédit photo : Inventaire Fac[/caption]
http://education.francetv.fr/matiere/actualite/ce1/video/c-est-quoi-la-biodiversite-1-1-jour-1-question[/caption]
Crédit photo : Damien Deville[/caption]
L’auteur Philippe Descola a mis en avant dans ses écrits la diversité des modes de représentation qu’il existe dans le monde. Dans certaines sociétés, l’homme est considéré comme un maillon d’un tout, appartenant à un système complexe au même titre que d’autres organismes vivants. Dans le Grand Nord, comme en Amérique du Sud, la nature ne s’oppose pas à la culture mais elle la prolonge et l’enrichit. Les animaux et les plantes sont, au même titre que les humains, caractérisés comme des « personnes » à part entière. Là où les sociétés occidentales voient une séparation et une hiérarchie entre l’homme et la nature, d’autres voient certaines formes de continuité et de sociabilité entre l’ensemble des organismes vivants.
Par ailleurs, les animaux et autres êtres vivants ont une place centrale dans la vie de ces sociétés. Parfois, les personnalités humaines sont associées à des personnalités non humaines : le jeune arbre au coin du village devient la réincarnation d’un ancêtre récemment décédé, les jeunes adultes se voient associer à un animal, comme voie spirituelle d’un chemin à suivre tout au long de leur vie. Dans ces sociétés, l’Homme n’habite pas la nature, il est habité par elle. La domestication n’est pas pratiquée dans ces cultures, où du moins elle est exercée de manière complètement différente. Non pas parce que les espèces sont rares et ne peuvent être domestiquées, mais parce que les processus de domestication que nous connaissons en Occident renvoient à des constructions sociales et à des perceptions vis-à-vis des animaux, qui restent impensables pour certains peuples.
Crédit photo : Inventaire Fac[/caption]
La naissance du concept de biodiversité
L'émergence du concept de biodiversité est très récente. C'est un long voyage depuis l'apparition des premiers courants de protection de la Nature jusqu'à la définition du terme de biodiversité.Avec quelle rudesse et quelle brutalité traitons-nous la nature ! (Henry David Thoreau)
La publication de L'origine des espèces de Charles Darwin, en 1859, définit la première théorie scientifique de l'origine de la diversité du vivant et de son évolution. La conservation de cette diversité n'est pour cette époque ni utile, ni pertinente mais la destruction des paysages « naturels » sera le premier moteur de la révolution des courants de protection de la Nature. A l'époque de la révolution industrielle, certains intellectuels, comme Henry David Thoreau, dénonceront la destruction de la nature dans un objectif purement utilitaire des ressources. Avec son livre, Le paradis à (re)conquérir (publié en 1843), Thoreau marque un changement de mentalité. Il est conscient que l'environnement doit être préservé et qu'il peut permettre à l'humanité d'atteindre le véritable progrès. C'est un des premiers à militer contre l'utilisation irraisonnée des ressources et pour la protection de la faune et de la flore.De la prise de conscience aux programmes internationaux
En revanche, il faut attendre les années 1960 pour commencer à percevoir les premières mises en garde sur la menace d'une véritable crise écologique causée par les activités humaines. De très nombreux intellectuels militent contre la destruction de la nature. L’écologie apparaît alors en termes politiques. La Conférence de la biosphère à Paris, en 1968, est un événement marquant pour la prise de conscience d'une gestion durable de la nature. A la suite de cette conférence, le club de Rome se réunit en 1972 et publie un rapport pour avertir les politiciens et les médias des problèmes environnementaux. Dans ce rapport intitulé Halte à la croissance ?, le club de Rome pose une question cruciale : est-ce qu'il n'y a pas un problème entre la croissance économique et les limites écologiques ? Lors de cette même année a lieu le premier sommet de la Terre, avec la création du Programme des Nations Unies pour l'Environnement (PNUE). Ces différents événements ont permis de poser des bases scientifiques qui amènent dans les années 1980 à l'émergence d'une nouvelle discipline : la biologie de la conservation. Cette branche de la biologie théorise la mise en œuvre d'actions pour conserver la nature. Elle mêle donc les concepts utilisés en écologie et les mécanismes étudiés en gestion. [caption id="attachment_3368" align="aligncenter" width="550"]
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Et ce mot "biodiversité" : d’où vient-il ?
Le terme « diversité biologique » est inventé par Thomas Lovejoy, biologiste américain, qui l’a utilisé dans deux publications en 1980. Par la suite, l'expression est contractée en « biodiversité » par Walter Rosen en 1986. Le terme est popularisé par le compte-rendu du congrès américain publié en 1988 sous le titre BioDiversity. Le Sommet de la Terre à Rio de Janeiro en 1992 est une étape majeure dans la prise de conscience internationale de la crise environnementale. C’est lors de ce sommet qu’est adoptée la Convention sur la diversité biologique. En reconnaissant la protection de la nature comme une « préoccupation commune à l’Humanité », cette Convention marque un jalon décisif. Cela a permis de donner un cadre à toutes les stratégies nationales en faveur de la biodiversité.Repenser les rapports entre les hommes et la Nature
La séparation entre les hommes et la Nature s’est effectuée rapidement dans la pensée scientifique, politique et sociale.- En Occident, la construction d’une vision du monde naturaliste
- A la rencontre de la diversité des représentations du monde
Crédit photo : Damien Deville[/caption]
L’auteur Philippe Descola a mis en avant dans ses écrits la diversité des modes de représentation qu’il existe dans le monde. Dans certaines sociétés, l’homme est considéré comme un maillon d’un tout, appartenant à un système complexe au même titre que d’autres organismes vivants. Dans le Grand Nord, comme en Amérique du Sud, la nature ne s’oppose pas à la culture mais elle la prolonge et l’enrichit. Les animaux et les plantes sont, au même titre que les humains, caractérisés comme des « personnes » à part entière. Là où les sociétés occidentales voient une séparation et une hiérarchie entre l’homme et la nature, d’autres voient certaines formes de continuité et de sociabilité entre l’ensemble des organismes vivants.
Par ailleurs, les animaux et autres êtres vivants ont une place centrale dans la vie de ces sociétés. Parfois, les personnalités humaines sont associées à des personnalités non humaines : le jeune arbre au coin du village devient la réincarnation d’un ancêtre récemment décédé, les jeunes adultes se voient associer à un animal, comme voie spirituelle d’un chemin à suivre tout au long de leur vie. Dans ces sociétés, l’Homme n’habite pas la nature, il est habité par elle. La domestication n’est pas pratiquée dans ces cultures, où du moins elle est exercée de manière complètement différente. Non pas parce que les espèces sont rares et ne peuvent être domestiquées, mais parce que les processus de domestication que nous connaissons en Occident renvoient à des constructions sociales et à des perceptions vis-à-vis des animaux, qui restent impensables pour certains peuples.
- Positionner ces différentes questions au cœur des débats permet de repenser les liens entre les hommes et la Nature.
Découvrez quelques initiatives pour aller plus loin sur le sujet :
- le site de l'association Humanité et Biodiversité, partenaire ami du REFEDD
- notre guide La biodiversité sur mon campus avec des fiches pratiques et des retours d'expériences d'associations étudiantes ayant réalisé des projets en lien avec le respect de la biodiversité sur leur campus.
- le site d'Inventaire Fac, un projet qui sensibilise les étudiant.e.s au respect de la biodiversité en organisant des séances d'observations de la faune et de la flore de leur campus.
- le Centre d'Ethique Contemporaine de l'Université Paul Valéry de Montpellier.
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2016-12-29
Biodiversité